La magie à Tezpur

Publié le par Blaise Emmanuel

Visiter un temple shivaïste en compagnie d'Indiens est toujours un peu inconfortable. En tant que simple touriste on a la liberté qu'offre l'ignorance des rituels, mais trimbalé par des amis Indiens fervents hindouistes, c'est une autre affaire. On se retrouve avec des fleurs dans les mains sans trop savoir qu'en faire, on se prend à se prosterner devant je ne sais qui ni quoi ni pourquoi, on fait des queues interminables avec d'autres Indiens qui poussent pas derrière comme des Français qui cherchent à resquiller aux téléskis, pour se retrouver en face d'un lingam couleur sang et fleuri, au fond d'une cave du temple où un prêtre récite inlassablement prières et bénédictions à l'intention de chacun des fidèles ayant fait la queue jusque là avant de lui coller son pouce sur le front afin d'y laisser la trace de sa dévotion à Shiva.

Je me laisse faire, je suis sous haute protection. J'en profite pour m'imprégner, faire l'éponge, ressentir, essayer de comprendre. Je veux croire que tout ça n'est pas que de la superstition, que le symbolisme de tout ce ramdam doit transcender la forme du rituel. Comprendre sans analyser, sans retenir, sans compter; juste recevoir les énergies du moment, de la dévotion, de l'incantation, du lieu: Je cherche. C'est que le temple de Mahabhairav à Tezpur est réputé "magique". A gauche de son entrée, un bas relief d'Hannuman suinte mystérieusement de même que celui de Ganesh situé à droite. C'est au pied de cette statue d'Hannuman que les fidèles y font brûler de l'encens et y déposent leurs offrandes.

Au coeur du sanctuaire le prêtre me colle donc de son pouce un point rouge au milieu du front après avoir prononcé une "prière" à mon attention, puis je me fait pousser par la dame derrière moi qui estimait avoir assez attendu, et me retrouve ainsi planté devant le lingam tout rouge et humide de tant de pétales entassées sans trop savoir quoi faire. Notre accompagnatrice m'explique je peux/dois jeter sur le lingam les fleurs qu'elle m'avait mises dans les mains à l'entrée du temple. Je m'exécute après avoir tenté de sentir phénoménologiquement la symbolique du geste; l'une des fleurs reste héroïquement perchée sur le sommet du monticule tandis que je contemple la deuxième dégringoler lentement à son pied parmi les autres. La dame me pousse encore et je gravis les quelques marches qui m'emmenaient vers la lumière du jour...

A peine à l'air libre une jeune vache marche avec véhémence vers moi, d'un air décidé. "Instinctivement" je tends mon bras droit et pose la paume de ma main sur sur front. Elle s'écarte, et à ce moment, une colombe blanche s'envole par dessus mon épaule gauche en me frôlant l'oreille.

Je ne crois pas à la magie d'une statue d'Hannuman qui transpirerait, pas plus que je ne crois aux larmes de sang d'une vierge dans une église catholique : il y a toujours un "truc", une supercherie dont les prêtres entretiennent jalousement le secret. Mais je crois à la magie des ces instants de grâce dont je suis le seul spectateur d'un monde où la nature et les animaux répondent à mes états d'âme de l'instant présent...

Photo du haut : by Rumam Sarma
Photo du bas: Hannuman - by Krzysztof Łozinski

Publié dans Pensées libres

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